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Couleurs Linéaires - Biographie
1964 à 1971, elle passe sa petite enfance à Bonn, en Allemagne où son père est gérant de la société de travaux public « COLAS ».
À 15 ans, elle prend ses premières photos avec son Rolley : images d’architecture, de rue, de sites industriels.
Son goût artistique lui vient de sa mère, pianiste classique, et sa passion pour les ouvrages d’art et des complexes industriels de son père, «Centralien».
1981, elle entre chez Dassault Communication, elle y restera 8 ans, en qualité d’assistante Photo, collaboratrice directe d’Olivier Dassault. Il la coachera et la fera progresser de façon déterminante dans la conception de ses photos.
1988, elle se marie avec Jean-Pierre Lagiewski, photographe publicitaire et d’éditions, qu’elle assiste de son sens artistique et critique. A ses côtés, elle affinera son sens aigu de la précision et de la persévérance
2002, elle photographie des sites industriels en Seine et Marne.
Ses tirages révèlent un travail de cadrage rigoureux et exigeant sans retouche informatique, au service de son sens de l’observation. Son style : une composition équilibrée où un grand aplat de couleur, un élément de structure, et un linéaire (droite, courbe ou ligne brisée) entrent en résonance.
2010, l’exposition à la Galerie Images de Fer présente des photographies prises sur différents sites industriels : Groupe Soufflet, Arcelor-Mittal, la sucrerie de Bray sur Seine, EDF, le musée Guggenheim de Bilbao, la Pétrochimie.
« D’où me vient cette passion pour les formes industrielles ? Vraisemblablement de deux influences conjuguées, les visites passionnantes de chantiers bouillonnants d’activité avec mon père dans mon enfance et la sensibilité artistique que m’a donnée ma mère en jouant quotidiennement du piano. À ce jour , je poursuis une recherche d’esthétisme industriel orienté vers le graphisme le plus pur et cela entre autre depuis ma collaboration avec Olivier Dassault. Avec lui j’ai acquis une approche profonde et précise de la lumière, de la couleur et des lignes. Mon œil est toujours en recherche d’une composition, d’un équilibre, d’une simplicité de volumes, d’aplats en couleur. Cette industrie dévorante, cet urbanisme tentaculaire provoquent en moi une excitation et une jouissance créatrice qui me vient comme un cri primal mélange de volupté, force, énergie mais aussi harmonie, musicalité et poésie. »I. G L
L'art est-il reflet d'une personnalité? Est-il résultat d'une recherche s'inscrivant dans une tradition poussée jusqu'à son extrême? Est-il conjugaison de ces deux facteurs? Ce sont là d'éternelles questions, jamais bien résolues. A un débat subjectif s'oppose un discours intellectuel. Mais l'un et l'autre appauvrissent la compréhension et la perception que le public a de l'œuvre.
Les photographies d'Isabelle Girollet-Lagiewski semblent enfin offrir une solution à ce problème de la critique et de l'histoire de l'art. Qu'on en juge.
Art masculin que ces clichés ? Certes. Par leurs sujets. Art féminin pourtant, par leurs couleurs saturées, joyeuses, leur dynamisme aussi. Et pour qui connaît Isabelle, on la retrouve entièrement ici. Chacun y revoit ses yeux pétillants de malice et de gentillesse, d’amour de la vie. C’est tout elle, ces images surprenantes, où pend un petit palan, comme un lutin à lunettes suspendu au ciel, où se déchire une forme insoupçonnée, sorte d’aileron dans un univers de fer, où s’enroule une grille aiguë, qui déchire l’espace comme un éclat de rire, où jouent des tuyaux d’orgue sur un fond de nuages. Quoi d'autre? Il faut avoir bien du talent, un regard sans malice, pour découvrir ces choses jolies dans un monde industriel, fait de métal et de béton. Contradiction de notre époque, où l'homme souffre tant de ce systématisme industriel qui tend à le nier. Isabelle sait, elle, y retrouver la dérision de la vie, elle sait voir, c'est tout. Elle sait extraire le détail esthétique de l'ensemble industriel. Ce n'est pas le travail, l'homme-machine, qui la tente, c'est la beauté formelle d'un monde qu'on ne regarde habituellement pas. C'est un soleil qui vient s'approprier des formes trop rigides pour être proprement humaines. C'est à lui qu'Isabelle les soumet, au soleil, à la vie. Au ciel qui semble en fin de compte être le véritable sujet de ses photographies. Et c'est pourquoi il y a tant d'élan céleste dans ces clichés qui sont comme des appels au bonheur, par delà la technologie.
Et cependant, ces clichés ne sont pas que cela. Au plan intellectuel, on y retrouve des lignes qui ne vont pas sans évoquer certains grands mouvements artistiques du XXe siècle. Couleurs, lignes, cela évoque Mondrian. De Stijl ? Oui, mais de quel tendance ? Non pas tant le néo-plasticisme du maître, et l’on pense plutôt à van Doesburg, l’épigone. L’élémentarisme. C’est de là que semblent surgir les clichés d’Isabelle Girollet Lagiewski. Car toutes ses photographies allient la couleur à l’enthousiasme des formes et des lignes. Mondrian haïssait la nature, Doesburg la répercutait quant à lui, se rapprochant ainsi des théories du grand Kandinsky, pour qui le rouge devait être pointu, mais moins que le jaune, pour qui le bleu devait être rond, etc. Point, ligne, plan. On se souvient de cet ouvrage incontournable publié en 1926. Formes et couleurs harmonisées. Isabelle s’inspire-t-elle de tout cet art nordique si intellectualisé ? Elle a longtemps vécu en Allemagne. Ceci explique peut-être cela. L'Allemagne, le pays de la Brücke, du Blaue Reiter, du Bauhaus aussi, ce Bauhaus de Mies van der Rohe, coloré, élancé, ensoleillé, avec quelquefois comme une référence inattendue à l'esthétique si dépouillée du Japon.
Cependant, réduire les clichés d'Isabelle Girollet Lagiewski à cette seule dimension serait une grave erreur. Il faut, pour être artiste, dépasser les théories, les mouvements, ne pas s'enfermer. Sentir n'est pas réfléchir. Il faut avoir beaucoup regardé pour s'approcher de sa propre personnalité. Et si l'on sent la femme heureuse derrière ces photographies, on sent aussi qu'Isabelle a beaucoup travaillé, ressenti, pensé, essayé. Avant de taper son cliché.
La voilà, cette synthèse! Par delà le travail, on sent l'identité de la personne capable de dépasser tout mouvement. Heureuse, Isabelle, certes, malgré cette inassurance qui sans doute la retient, mais qu'elle doit prendre comme un fait positif qui la fait toujours plus aller de l'avant. Malgré, il faudrait en effet peut-être plutôt dire grâce à. La grâce artistique.
Jérémie Benoit,
Conservateur en chef du patrimoine,
Chargé des Trianons à Versailles.- Expositions
- Formats photos
- Série Couleurs Linéaires:
Impression jet d'encre / contrecollage aluminium et plexiglas.
80x120, 8 éditions
67x100, 8 éditions
53x80, 8 éditions














